Quand on évoque les noms d’Uri, de Tell ou du Klausen pass, les clichés et les mythes nous assaillent…! Il fallait bien aller voir de nos yeux les réalités de ces alpages perchés ! 

D’abord, il faut monter là-haut… Parmi les 39 téléphériques d’alpage (dont certains ont 50 ans !), celui qui mène au lac de Golzeren. On s’échappe rapidement de la folle vallée de la Reuss, artère vers le Tessin. Les espaces et la tranquillité que l’on va trouver devraient bien compenser la gastronomie méridionale, non ?

Puis, des sentiers balcons et quelques solides montées, chemin de sorcières ou vires à moutons, ouvrent la porte de superbes vallons suspendus, coupés du monde, entre gneiss et lapiaz. Couleurs tranchées des pierres, miroirs des lacs, draps encore tendus et parfois même encore glacés des névés, verts des pâturages si arrosés ces derniers jours, palette toujours recommencée des fleurs d’altitude…

Les rencontres seront belles, hors du monde elles aussi, ne sommes nous pas dans un pays d’archétypes ?

A Seewlialp, un octogénaire vif peaufine jour après jour son “Alpen magrona” (pâtes du chalet avec Apfelmus) et prétrit notre pain en bottes encore bien humides du pré aux génisses…

A Sittlisalp on partage le quotidien et le rythme du bovin, mais aussi la cuisine de l’habitant, la plus belle épicerie du monde dans 3m carrés et le souvenir d’un repas quinoa- fromage- vin uranais (merci Rolf notre maître de chais!).

Plus bas, au pied de l’imposant Bälmeten, ce sont des femmes qui tiennent l’alpage avec les enfants ou le gîte, moulent le fromage. Les hommes sont aux foins, à la tronçonneuse, aux rénovations du chalet…. Mais oui, c’est ça aussi la Suisse profonde !

Les pentes sont raides, les vastes plateaux à vaches se goûtent au prix de raides montées à pied … ou au prix de quelques émotions câblées. De caisse à cochons à cabine modernisée, tous les modèles coexistent et sont employés tant par le touriste que pour le transport des poireaux et du papier toilette pour ceux de là-haut.

Après des univers de lapiaz et de falaises  à pic et de prairies fleuries, le balcon final menant au col du Klausen caresse le pied des glaciers du Schächental, invitant à poursuivre vers les vallées glaronaises du Clariden et du Tödi… 

Merci à ma belle équipe de marcheurs et marcheuses tout terrain, tout-lapiaz et tous-lacs, pour l’intensité et les partages dans ce petit coin de Suisse mythique !